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FRERE CHRISTOPHE, NOTRE AMI

Cette croix, …que je porte depuis trente trois ans, n’est pas une croix épiscopale, ni abbatiale.

C’est simplement une croix d’amitié, …C’est la croix que frère Christophe m’a donnée… Cette croix, il l’a taillée, puis il l’a divisée en deux… Et lui, il portait l’autre moitié… Laissez-moi vous raconter…

Coopérant en Algérie, Christophe avait découvert Notre Dame de l’Atlas :

« j’ai aimé cette communauté sans éclat, simple et très vraie : des hommes qui s’obstinent humblement et paisiblement à témoigner que Dieu vaut la peine qu’on donne ensemble sa vie pour lui, pour le prier, l’adorer, accueillir les Béatitudes...
et  apprendre ainsi à aimer jusqu’au bout, jusqu’au bout du quotidien. J’ai donc choisi la vie à l’Atlas. »

Déjà, comme toujours, aussi bien dans ses poèmes que dans ses lettres ou ses homélies, chaque mot est important, chaque mot l’engage tout entier, résonnant du plus profond de lui-même pour venir résonner au plus profond de nous-mêmes, peut-être au plus inconnu de nous-mêmes…

Vous avez entendu :

« Une communauté simple, très vraie… S’obstiner humblement… Donner sa vie,…
donner sa vie ensemble !... Accueillir les Béatitudes… Apprendre à aimer… Aimer jusqu’au bout… Jusqu’au bout du quotidien… »

Vous voyez, tout est dit de lui,… et je pourrais arrêter ici l’esquisse de son portrait… Mais j’ai promis de vous raconter :

Il va avoir 24 ans, nous sommes en 1974, et voici qu’il arrive à l’abbaye de Tamié pour commencer son noviciat… Tandis que moi j’ai bientôt terminé le mien… Un beau jour, vraiment un très beau jour,  - sans doute avais-je dû l’agacer -  il s’emporte un peu contre moi… C’est dans son tempérament, et si vous avez lu son Journal, vous savez qu’il en souffrira jusqu’au bout…  Et le voici aussitôt à mes pieds pour me demander pardon… C’est tout à fait lui, ça !... Et moi, de l’embrasser fraternellement… C’est dans cette humilité et cette miséricorde que se noue pour toujours notre amitié… Une amitié, je dirais, presque aussitôt crucifiée et universalisée… puisqu’il se préparait à partir à l’Atlas… Il eut alors l’idée de cette croix partagée qui nous garderait fidèles dans l’amitié mutuelle, et fidèles à nous entraider à vivre en moine l’amitié de Jésus.

Cette croix m’a fait traverser trois deuils… Son départ pour l’Atlas un peu avant la fin de son noviciat, en Avril 76… Nous pensions ne plus jamais nous revoir, mais voici qu’il revient à Tamié dès 77… Il y prononcera ses vœux solennels à la Toussaint 1980… Et ce n’est qu’en Octobre 87 qu’il repartira pour Tibhirine : second deuil, mais déjà compris dans le premier…

Et puis 1996, le 23 Mai, le jour de ma fête, on apprend le massacre de nos sept frères…

Et sa croix ?... L’autre moitié… Il l’a perdue en terre de Tibhirine, deux ans environ avant le massacre, en labourant… Il était ému de me le dire, non pas tant, je pense, d’avoir perdu cette croix, que d’avoir compris le message : « Si le grain ne tombe en terre et ne meurt…»

Depuis sa vocation, peut-être même avant, toute sa vie s’oriente vers cette heure… Si vous avez lu quelques uns de ces poèmes, qui ont été écrits pour la plupart à Tamié, vous avez pu vous dire : on croirait qu’il a écrit ça juste avant l’arrestation, ou pendant la captivité… C’est que du « je t’aime » de sa chambre d’étudiant à Tours au « je t’aime » du martyre, c’est le même don de lui-même à Dieu et à tous,… vécu, et transcrit dans ses poèmes, à Tamié,… puis incarné, tracé dans son Journal, partagé grâce à ses homélies, et finalement signé de son sang, en terre d’Algérie…

A l’annonce du massacre, j’ai aussitôt ouvert le dossier de ses poèmes, ceux qu’il m’avait dédiés, et tous les autres  - à sa famille, à ses amis -  qu’il m’avait aussi donnés…

Et voici alors ce que j’ai lu :

«       l’offrande         de    Jésus
me   passe   entre   les mains

je   vais      où      va       sa   vie
je      pars

pour  autant  ,     frères
étant donné Amour

je   demeure »

Par ce poème, écrit une quinzaine d’années auparavant, il me consolait amicalement en cet instant, en me disant : « Je pars…  pour autant je demeure »…

Mais c’est à tous, maintenant, qu’il dit : « je demeure ». Accueillons donc sa présence… Car, en l’écoutant nous parler par ses écrits, il s’agit de rencontrer cet ami vivant, et en faisant connaître ses écrits, de le faire rencontrer, afin de poursuivre ensemble sa mission d’amitié.

J’entends clairement cet appel dans le dernier courrier que j’ai gardé de lui :

« Didier… Oh ! combien c’est urgent de vivre l’amitié selon l’Evangile…
Tu devines combien nous sommes engagés à titre de victimes,
si l’Agneau nous invite… mais déjà ouvriers de sa PAIX. »

Les mots de Christophe, comme ceux de Jésus, ne sont pas un jeu littéraire, c’est un don risqué de lui-même :

« Mon Christ, dessine-moi en forme de poème : don de vie pour mes frères…
Ce sera un poème sans prétention, très doux comme une vocation…
Ce sera Toi Vivant. »

« En plein poème           AMOUR         c’est TOI »

 

Le vrai poème, c’est lui se donnant, et nous donnant de rencontrer l’Amour… C’est le don de l’amitié. Je veux dire le don de ce sacrement qu’est l’amitié fraternelle qui nous unit à l’Ami Jésus, et qui, par cette amitié avec Jésus, nous fait devenir l’ami de tous…

Recevoir l’amitié de Christophe, quelle grâce !… et quelle exigence d’Evangile !... Car l’amitié, pour Christophe, vous l’avez compris, c’est l’aventure du DON… C’est vrai de l’amitié avec Dieu… Ainsi m’écrivait-il :

« Je suis aimé…Cette certitude m’oblige au Don… afin que le monde sache qu’il est aimé d’Amour. »

Et c’est vrai de l’amitié fraternelle… Ainsi, parlant à Jésus de notre amitié, il disait :

« Toi, tu nous veux UN en forme de Don. »

Et dans une introduction à un projet d’édition de ses poèmes où il nous dit le pourquoi d’une publication :

« Je cherche la terre d’amitié où le Don est multiplié. »

Ainsi, le Mystère de l’amitié, c’est le Mystère du Don, et c’est vivre de la vie même de Dieu qui est Don :

« L’unique Ami donne sa vie en amitié à tous…
C’est un fait historique : Dieu est Amitié. »

Et il ajoute :

« D’être ami, ça fait mourir »

…parce qu’avec lui, il s’agit d’...

« aimer jusqu’au bout du feu ».

L’heure de la mort, l’heure de l’offrande ultime, est comme imprimée en lui depuis son enfance, depuis son désir de donner sa vie à la place de sa grand’mère qui se meurt… jusqu’à ces lignes de la dernière page de son Journal :

« Ce matin, ma lecture semble m’indiquer mon lieu de vie : enseveli avec le Christ en sa mort… Autrement que par cette mort à moi-même, pas d’amour vrai »,

en passant par cette prière faite à Tamié :

« pour te voir,      mon Bien-Aimé,       il me suffit,        s’il te plaît,       de mourir »,

en passant par l’Eucharistie quotidienne :

« chaque jour    librement    ton sang           et mourir…            vivement Toi   »,

… surtout cette Eucharistie d’une nuit de Pâques à Tibhirine où « il reçoit de Jésus, reposant au creux de sa main » au moment de la communion, « ces mots de feu » :

« je suis ressuscité, je peux mourir ».

Cette offrande, il la vit simplement, mais intensément, dans la simplicité des jours,… donnant à chaque instant de vie, et à chaque mot tracé, une dimension d’infini :

« Quelle heure est-il ?... Bien-aimé, dans tes yeux je lis l’heure de l’Eternel Amour »,

et comme ne la vivant jamais assez, ….désirant la vivre toujours plus pleinement :

« Il faut risquer le tout dans les tout petits riens de tous les jours »,

« Il me reste       au vrai          tout         de Toi          à vivre          ici       aujourd’hui »,

« Ce qui me manque : aimer d’amour… Aimer comme Toi… »

« Je ne sais pas faire         Viens, Toi
Et  réalise       en  fin      au jour le jour        ici        le don ».

Bien sûr, cette offrande, c’est, je dirais, la chair même de sa prière... Christophe est un ami qui nous apprend la véritable amitié, et un ami qui par son amitié nous apprend à prier… Car son amitié avec Jésus, qu’il nous transmet par son amitié, est évidemment prière. Et comme Jésus, avec Jésus, sa prière est d’abord une prière d’enfant :

« Jésus  nous apprend  à murmurer    Abba…          Papa plus grand…    d’AMOUR. »

 « Abba,              me voici                pauvre pour l’offrande
pauvre pour l’adoration
heureux de Toi. »

« Serviteur, Témoin, Ami…comme ses mots sont brûlants.
Mais d’abord (ou enfin)    enfant. »

Et son psaume préféré ?... Bien sûr, « mon âme est en moi comme un petit enfant… »

Mais, dit-il, en une expression tellement profonde et juste, et que j’aimerais tracer sur la terre de sa tombe :

« L’enfant est frère pour adorer. »

Ainsi comme Jésus, avec Jésus, sa prière est toujours aussi une prière de frère, une prière d’enfant-frère, la prière d’un cœur universel :

« Je cherche la terre pacifiée où dire : notre Père… sans oublier personne. »

« Jésus nous donne part à ce lieu du Fils infiniment Frère :
j’ai à prier en ami pour les  assassins. »

Enfin, sa prière est aussi une prière de martyr … Prière liturgique :

« Ce qui fait la liturgie chrétienne, c’est l’Evénement pascal,…
ça c’est passé sur une  croix,…il s’agissait du sang d’un innocent…
Je reste en attente de l’Adoration en esprit et vérité. »

Eucharistie :

« C’est la table du secret ultime,… secret de ton Je t’aime pour la multitude,…
ce secret en appelle à mon corps pour le prendre en offrande. »

Prière d’oraison silencieuse :

« mon corps         chez toi               se donne                       en prière nue         »

«            c’est prière     comme sang répandu…                       c’est pour tous      »

Ainsi sa prière quotidienne est déjà le don plénier de lui-même,… et le martyre sera l’accomplissement, l’exaucement par Dieu, de cette prière de don pour tous.

Enfin, sa prière, comme toute sa vie, c’est main dans la main avec Marie

Il écrit   - et je crois qu’on n’écrira jamais rien de plus fort, rien de plus beau sue Elle -  :

« Marie
debout       adhère    au  Don :
embrassée   vers   tous
trans-aimée      »

Quelle ressemblance entre l’enfant… et sa Mère !

A la dernière page, au dernier jour de son Journal, le19 Mars, il dit à Marie :

« Oui, je continue de te choisir, avec Joseph, dans la communion de tous les saints. »

C’est une prodigieuse inclusion avec le début de sa vie monastique, puisque vingt ans auparavant, jour pour jour, en cette fête de saint Joseph, il se consacrait à Marie… Et il nous avait alors raconté qu’en quittant Tibhirine pour rejoindre le noviciat de Tamié, il avait laissé son bâton de marche aux pieds de la statue de Notre Dame de l’Atlas afin que Marie prenne en main ce bâton, et qu’il puisse se laisser guider par elle… et se faire « corriger tendrement. »

Et voici maintenant qu’il arrive au bout du chemin… Tout est presque accompli… Il trace encore ces lignes, les dernières :

« Marie,… je te reçois des mains de Jésus,… je te prends chez moi…
Près de toi    je suis :      offert …
Je marcherai d’un cœur parfait. »

Ami Christophe, ami offert à Dieu, ami offert à tous, tu me l’as dit :

« Je viens me glisser dans ta joie secrète pour faire avec toi silence d’amitié. »

Alors, aujourd’hui, viens « faire silence d’amitié » avec chacun de nous
pour nous apprendre à entendre,
pour nous apprendre à écouter avec toi,
pour nous apprendre à recevoir avec toi le « Je t’aime » de l’Eternel Amour :
comme tu nous y invitais, dans ta lettre à ta famille pour ton dernier Noël :

« Disciples de l’étoile, complices de l’Enfant, dîtes,…
si on se laissait VIVRE passionnément avec Lui,… si on se laissait aimer. »

« Fais-moi jusqu’à l’extrême serviteur de ton Je t’aime. »,

et aussi pour nous apprendre à dire à l’Eternel Amour, tout simplement comme toi, ce « je T’aime »…

qui était, et qui demeure désormais pour toujours, la merveille de ton chant intérieur :

« Je viens Te dire :       merci…      pardon…        je T’aime... »

« Je t’aime… Non, tu ne me demandes aucune preuve. Infiniment tu y crois. »

« Ta résurrection m’envahit… et tout s’éternise en joie…
Au fond de moi, en vérité, c’est Toi qui m’enchantes. »

Frère Didier, à Tamié,   Mai 2009, Treizième anniversaire

 

 

 

FRERE CHRISTOPHE, NOTRE AMI

 

 

Cette croix, …que je porte depuis trente trois ans, n’est pas une croix épiscopale, ni abbatiale.

C’est simplement une croix d’amitié, …C’est la croix que frère Christophe m’a donnée… Cette croix, il l’a taillée, puis il l’a divisée en deux… Et lui, il portait l’autre moitié… Laissez-moi vous raconter…

Coopérant en Algérie, Christophe avait découvert Notre Dame de l’Atlas :

« j’ai aimé cette communauté sans éclat, simple et très vraie : des hommes qui

s’obstinent humblement et paisiblement à témoigner que Dieu vaut la peine qu’on

donne ensemble sa vie pour lui, pour le prier, l’adorer, accueillir les Béatitudes…

et  apprendre ainsi à aimer jusqu’au bout, jusqu’au bout du quotidien. J’ai donc

choisi la vie à l’Atlas. »

 

Déjà, comme toujours, aussi bien dans ses poèmes que dans ses lettres ou ses homélies, chaque mot est important, chaque mot l’engage tout entier, résonnant du plus profond de lui-même pour venir résonner au plus profond de nous-mêmes, peut-être au plus inconnu de nous-mêmes…

Vous avez entendu :

« Une communauté simple, très vraie… S’obstiner humblement… Donner sa vie,…

donner sa vie ensemble !... Accueillir les Béatitudes… Apprendre à aimer… Aimer

jusqu’au bout… Jusqu’au bout du quotidien… »

 

Vous voyez, tout est dit de lui,… et je pourrais arrêter ici l’esquisse de son portrait… Mais j’ai promis de vous raconter :

Il va avoir 24 ans, nous sommes en 1974, et voici qu’il arrive à l’abbaye de Tamié pour commencer son noviciat… Tandis que moi j’ai bientôt terminé le mien… Un beau jour, vraiment un très beau jour,  - sans doute avais-je dû l’agacer -  il s’emporte un peu contre moi… C’est dans son tempérament, et si vous avez lu son Journal, vous savez qu’il en souffrira jusqu’au bout…  Et le voici aussitôt à mes pieds pour me demander pardon… C’est tout à fait lui, ça !... Et moi, de l’embrasser fraternellement… C’est dans cette humilité et cette miséricorde que se noue pour toujours notre amitié… Une amitié, je dirais, presque aussitôt crucifiée et universalisée… puisqu’il se préparait à partir à l’Atlas… Il eut alors l’idée de cette croix partagée qui nous garderait fidèles dans l’amitié mutuelle, et fidèles à nous entraider à vivre en moine l’amitié de Jésus.

Cette croix m’a fait traverser trois deuils… Son départ pour l’Atlas un peu avant la fin de son noviciat, en Avril 76… Nous pensions ne plus jamais nous revoir, mais voici qu’il revient à Tamié dès 77… Il y prononcera ses vœux solennels à la Toussaint 1980… Et ce n’est qu’en Octobre 87 qu’il repartira pour Tibhirine : second deuil, mais déjà compris dans le premier…

Et puis 1996, le 23 Mai, le jour de ma fête, on apprend le massacre de nos sept frères…

Et sa croix ?... L’autre moitié… Il l’a perdue en terre de Tibhirine, deux ans environ avant le massacre, en labourant… Il était ému de me le dire, non pas tant, je pense, d’avoir perdu cette croix, que d’avoir compris le message : « Si le grain ne tombe en terre et ne meurt…»

Depuis sa vocation, peut-être même avant, toute sa vie s’oriente vers cette heure… Si vous avez lu quelques uns de ces poèmes, qui ont été écrits pour la plupart à Tamié, vous avez pu vous dire : on croirait qu’il a écrit ça juste avant l’arrestation, ou pendant la captivité… C’est que du « je t’aime » de sa chambre d’étudiant à Tours au « je t’aime » du martyre, c’est le même don de lui-même à Dieu et à tous,… vécu, et transcrit dans ses poèmes, à Tamié,… puis incarné, tracé dans son Journal, partagé grâce à ses homélies, et finalement signé de son sang, en terre d’Algérie…

A l’annonce du massacre, j’ai aussitôt ouvert le dossier de ses poèmes, ceux qu’il m’avait dédiés, et tous les autres  - à sa famille, à ses amis -  qu’il m’avait aussi donnés…

Et voici alors ce que j’ai lu :

«       l’offrande         de    Jésus

me   passe   entre   les mains

 

je   vais      où      va       sa   vie

je      pars

 

pour  autant  ,     frères

étant donné Amour

 

je   demeure »

 

 

Par ce poème, écrit une quinzaine d’années auparavant, il me consolait amicalement en cet instant, en me disant : « Je pars…  pour autant je demeure »…

Mais c’est à tous, maintenant, qu’il dit : « je demeure ». Accueillons donc sa présence… Car, en l’écoutant nous parler par ses écrits, il s’agit de rencontrer cet ami vivant, et en faisant connaître ses écrits, de le faire rencontrer, afin de poursuivre ensemble sa mission d’amitié.

J’entends clairement cet appel dans le dernier courrier que j’ai gardé de lui :

« Didier… Oh ! combien c’est urgent de vivre l’amitié selon l’Evangile…

Tu devines combien nous sommes engagés à titre de victimes,

si l’Agneau nous invite… mais déjà ouvriers de sa PAIX. »

 

Les mots de Christophe, comme ceux de Jésus, ne sont pas un jeu littéraire, c’est un don risqué de lui-même :

« Mon Christ, dessine-moi en forme de poème : don de vie pour mes frères…

Ce sera un poème sans prétention, très doux comme une vocation…

Ce sera Toi Vivant. »

« En plein poème           AMOUR         c’est TOI »

 

Le vrai poème, c’est lui se donnant, et nous donnant de rencontrer l’Amour… C’est le don de l’amitié. Je veux dire le don de ce sacrement qu’est l’amitié fraternelle qui nous unit à l’Ami Jésus, et qui, par cette amitié avec Jésus, nous fait devenir l’ami de tous…

Recevoir l’amitié de Christophe, quelle grâce !… et quelle exigence d’Evangile !... Car l’amitié, pour Christophe, vous l’avez compris, c’est l’aventure du DON… C’est vrai de l’amitié avec Dieu… Ainsi m’écrivait-il :

« Je suis aimé…Cette certitude m’oblige au Don… afin que le monde sache qu’il est aimé d’Amour. »

Et c’est vrai de l’amitié fraternelle… Ainsi, parlant à Jésus de notre amitié, il disait :

« Toi, tu nous veux UN en forme de Don. »

Et dans une introduction à un projet d’édition de ses poèmes où il nous dit le pourquoi d’une publication :

 

« Je cherche la terre d’amitié où le Don est multiplié. »

Ainsi, le Mystère de l’amitié, c’est le Mystère du Don, et c’est vivre de la vie même de Dieu qui est Don :

« L’unique Ami donne sa vie en amitié à tous…

C’est un fait historique : Dieu est Amitié. »

 

Et il ajoute :     « D’être ami, ça fait mourir »

…parce qu’avec lui, il s’agit d’ « aimer jusqu’au bout du feu ».

 

 

L’heure de la mort, l’heure de l’offrande ultime, est comme imprimée en lui depuis son enfance, depuis son désir de donner sa vie à la place de sa grand’mère qui se meurt… jusqu’à ces lignes de la dernière page de son Journal :

« Ce matin, ma lecture semble m’indiquer mon lieu de vie : enseveli avec le Christ en sa mort… Autrement que par cette mort à moi-même, pas d’amour vrai »,

 

en passant par cette prière faite à Tamié :

« pour te voir,      mon Bien-Aimé,       il me suffit,        s’il te plaît,       de mourir »,

 

en passant par l’Eucharistie quotidienne :

« chaque jour    librement    ton sang           et mourir…            vivement Toi   »,

 

… surtout cette Eucharistie d’une nuit de Pâques à Tibhirine où « il reçoit de Jésus, reposant au creux de sa main » au moment de la communion, « ces mots de feu » :

« je suis ressuscité, je peux mourir ».

Cette offrande, il la vit simplement, mais intensément, dans la simplicité des jours,… donnant à chaque instant de vie, et à chaque mot tracé, une dimension d’infini :

« Quelle heure est-il ?... Bien-aimé, dans tes yeux je lis l’heure de l’Eternel Amour »,

et comme ne la vivant jamais assez, ….désirant la vivre toujours plus pleinement :

« Il faut risquer le tout dans les tout petits riens de tous les jours »,

 

« Il me reste       au vrai          tout         de Toi          à vivre          ici       aujourd’hui »,

 

« Ce qui me manque : aimer d’amour… Aimer comme Toi… »

 

« Je ne sais pas faire         Viens, Toi

Et  réalise       en  fin      au jour le jour        ici        le don ».

 

 

 

Bien sûr, cette offrande, c’est, je dirais, la chair même de sa prière... Christophe est un ami qui nous apprend la véritable amitié, et un ami qui par son amitié nous apprend à prier… Car son amitié avec Jésus, qu’il nous transmet par son amitié, est évidemment prière. Et comme Jésus, avec Jésus, sa prière est d’abord une prière d’enfant :

« Jésus  nous apprend  à murmurer    Abba…          Papa plus grand…    d’AMOUR. »

 

« Abba,              me voici                pauvre pour l’offrande

pauvre pour l’adoration

heureux de Toi. »

 

« Serviteur, Témoin, Ami…comme ses mots sont brûlants.

Mais d’abord (ou enfin)    enfant. »

 

Et son psaume préféré ?... Bien sûr, « mon âme est en moi comme un petit enfant… »

Mais, dit-il, en une expression tellement profonde et juste, et que j’aimerais tracer sur la terre de sa tombe :

« L’enfant est frère pour adorer. »

Ainsi comme Jésus, avec Jésus, sa prière est toujours aussi une prière de frère, une prière d’enfant-frère, la prière d’un cœur universel :

« Je cherche la terre pacifiée où dire : notre Père… sans oublier personne. »

 

« Jésus nous donne part à ce lieu du Fils infiniment Frère :

j’ai à prier en ami pour les  assassins. »

 

 

 

Enfin, sa prière est aussi une prière de martyr … Prière liturgique :

« Ce qui fait la liturgie chrétienne, c’est l’Evénement pascal,…

ça c’est passé sur une  croix,…il s’agissait du sang d’un innocent…

Je reste en attente de l’Adoration en esprit et vérité. »

Eucharistie :

« C’est la table du secret ultime,… secret de ton Je t’aime pour la multitude,…

ce secret en appelle à mon corps pour le prendre en offrande. »

 

Prière d’oraison silencieuse :

« mon corps         chez toi               se donne                       en prière nue         »

 

«            c’est prière     comme sang répandu…                       c’est pour tous         »

 

 

Ainsi sa prière quotidienne est déjà le don plénier de lui-même,… et le martyre sera l’accomplissement, l’exaucement par Dieu, de cette prière de don pour tous.

Enfin, sa prière, comme toute sa vie, c’est main dans la main avec Marie

Il écrit   - et je crois qu’on n’écrira jamais rien de plus fort, rien de plus beau sue Elle -  :

« Marie

debout       adhère    au  Don :

embrassée   vers   tous

trans-aimée      »

Quelle ressemblance entre l’enfant… et sa Mère !

A la dernière page, au dernier jour de son Journal, le19 Mars, il dit à Marie :

« Oui, je continue de te choisir, avec Joseph, dans la communion de tous les saints. »

 

C’est une prodigieuse inclusion avec le début de sa vie monastique, puisque vingt ans auparavant, jour pour jour, en cette fête de saint Joseph, il se consacrait à Marie… Et il nous avait alors raconté qu’en quittant Tibhirine pour rejoindre le noviciat de Tamié, il avait laissé son bâton de marche aux pieds de la statue de Notre Dame de l’Atlas afin que Marie prenne en main ce bâton, et qu’il puisse se laisser guider par elle… et se faire « corriger tendrement. »

Et voici maintenant qu’il arrive au bout du chemin… Tout est presque accompli… Il trace encore ces lignes, les dernières :

« Marie,… je te reçois des mains de Jésus,… je te prends chez moi…

Près de toi    je suis :      offert …

Je marcherai d’un cœur parfait. »

 

Ami Christophe, ami offert à Dieu, ami offert à tous, tu me l’as dit :

« Je viens me glisser dans ta joie secrète pour faire avec toi silence d’amitié. »

 

Alors, aujourd’hui, viens « faire silence d’amitié » avec chacun de nous

pour nous apprendre à entendre,

pour nous apprendre à écouter avec toi,

pour nous apprendre à recevoir avec toi le « Je t’aime » de l’Eternel Amour :

comme tu nous y invitais, dans ta lettre à ta famille pour ton dernier Noël :

« Disciples de l’étoile, complices de l’Enfant, dîtes,…

si on se laissait VIVRE passionnément avec Lui,… si on se laissait aimer. »

 

« Fais-moi jusqu’à l’extrême serviteur de ton Je t’aime. »,

 

et aussi pour nous apprendre à dire à l’Eternel Amour, tout simplement comme toi, ce « je T’aime »…

qui était, et qui demeure désormais pour toujours, la merveille de ton chant intérieur :

« Je viens Te dire :       merci…      pardon…        je T’aime... »

« Je t’aime… Non, tu ne me demandes aucune preuve. Infiniment tu y crois. »

 

« Ta résurrection m’envahit… et tout s’éternise en joie…

Au fond de moi, en vérité, c’est Toi qui m’enchantes. »

 

Frère Didier, à Tamié,   Mai 2009, Treizième anniversaire

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