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Frère Luc PDF Imprimer Envoyer

" Nous sommes encore vivants. J’ai donc dépassé les 80 ans (…) A mon âge, il faut voir les évènements de son existence sans amertume. Tous les jours nous marchons vers l’anniversaire de notre mort. A la surface de notre vie, les évènements se succèdent, comme les vagues qui ne modifient pas la profondeur de la mer ni le sens de notre vie qui doit toujours être un chemin vers Dieu.

A 80 ans on franchit un seuil plein de mystères où comme le dit l’Ecclésiaste les chansons se taisent, où l’on a des frayeurs dans le chemin.

Mais la Miséricorde de Dieu est infinie et son Amour immense. C’est donc sans crainte que l’on doit aborder à l’autre rive. Si je ne meurs pas de mort violente mais de maladie, je voudrais que dans les derniers instants on me lise une page de l’Evangile : l’enfant prodigue. Celui qui revient vers son Père qui lui ouvre les bras… et qu’on me fasse boire du champagne pour dire adieu à la terre, qui est si belle et que j’ai beaucoup aimée." (lettre à la famille ,12 février 1994)

Paul DOCHIER, qui deviendra Frère LUC en religion, est né le 31 janvier 1914 à Bourg de Péage dans la Drôme. Il a une sœur et un frère.

Commencées à l’école saint Maurice à Romans, puis poursuivies à l’institution Notre Dame et au petit séminaire de Valence, ses études le mènent au baccalauréat puis il s’oriente en 1932 vers la médecine à la faculté de Lyon. Réussissant le concours d’externat en 1934, il sera jusqu’en avril 1937 attaché comme étudiant à l’hôpital Grange Blanche de Lyon.

En Avril 1937, il disparait et ses camarades d’externat ne découvriront que plus tard ce qu’il est devenu. En effet, suite à un mûrissement interne dont on ne sait pas grand chose, il se présente à l’abbaye d’Aiguebelle où il sera désormais à temps partiel car, sur les conseils du Père Abbé il terminera ses études de médecine mais dans un autre hôpital : l’Antiquaille.

A noter qu’alors qu’il hésitait entre le clergé séculier et la vocation monastique, une visite auprès de Marthe Robin l’orienta définitivement vers le cloître. Il termine sa médecine et est nommé suppléant à l’issue du concours d’internat en octobre 1938 et présentera avec succès sa thèse le 4 avril 1940, pendant son service militaire ; celui-ci commence en 1938 à la caserne Jeanne d’Arc de Villeurbanne, puis il quitte la France comme médecin lieutenant le 28 janvier 1939  pour une affectation dans le sud marocain qui lui donnera l’amour du Maghreb..

Libéré des obligations militaires le 7 décembre 1941, il entre alors complètement dans la vie monastique à Aiguebelle ; après une première prise d’habit de moine choriste, il obtient de réaliser son souhait d’humilité et prend le 3 décembre 1942 l’habit de frère convers, auquel il restera attaché toute sa vie, choisissant de le rester même après les évolutions post-VaticanII. Mais, s’étant porté volontaire pour aller remplacer un médecin père de famille nombreuse dans un camp de prisonniers en Allemagne, il part le 26 avril 1943 pour l’Oflag VIA, dans la Ruhr, où son beau-frère, Charles Laurent, est également prisonnier. Au cours de cette captivité, il soignera particulièrement des prisonniers russes allant jusqu’à partager avec eux une quarantaine pendant une épidémie de typhus dont il sera lui-même atteint.

Le 5 juillet 1945, libéré, il rentre en France et, après un mois dans sa famille, retourne à l’abbaye d’Aiguebelle. Après avoir prononcé ses vœux temporaires le 15 août 1946, il est envoyé à Notre Dame de l’Atlas, « fille » d’Aiguebelle. Il arrive en Algérie le 28 août 1946, jour de la Saint Augustin.

frère Luc Très vite, outre divers services de la vie quotidienne du monastère (cuisine, …), il s’occupera d’un dispensaire tourné vers la population pauvre et sous-alimentée,  allant même soigner dans la campagne, au moins au début lorsque sa santé le lui permettait. Le 15 août 1949, à Tibhirine,  il fait profession solennelle comme frère convers.

Pendant la guerre d’indépendance, il est enlevé avec le frère Mathieu par l’ALN (willaya 4) en représailles de l’arrestation par l’armée française et de la mort d’un imam de Médéa pro-FLN. Souffrant d’asthme, les 2 semaines de cet enlèvement sont pour lui une très dure épreuve physique et morale même si ils sont finalement libérés sans avoir subi de violences autres que d’aller de caches en caches dans la montagne.

A la période de l’indépendance et dans les années qui suivirent, il quittera deux fois l’Algérie suite à des incertitudes fortes sur l’avenir de l’abbaye et sur le maintien du dispensaire ; ce sera en 1962 vers l’abbaye d’Orval en Belgique et en 1964 à l’abbaye Notre dame des Neiges en France d’où, en 1965, il revient à Tibhirine et y restera jusqu’à sa mort, persèvérant dans le service du dispensaire et d’autres services annexes. Son état physique n’était pas bon : cœur, reins, asthme. … et cela l’obligera à quelques rares passages en France où ses amis médecins lyonnais lui procèderont à examens et interventions. Malgré cela, il recevait de très nombreux malades, jusqu’à 150 par jour, fournissant gratuitement les médicaments qu’il sollicitait auprès de ses amis et proches en France ; grâce à ce qu’il recevait, il aidait aussi en argent ou fournitures les familles très pauvres et particulièrement les femmes en situation difficile. Il était aussi un confident pour beaucoup, médecin des corps et des âmes…  Connu des kilomètres à la ronde, il était très aimé de la population malgré son franc-parler. Comme il le disait lui-même, il a toujours soigné qui se présentait à lui sans chercher à savoir qui était derrière l’homme souffrant ; cela lui valut la méfiance de l’armée française pendant la guerre d’indépendance et plus tard des autorités algériennes pendant le terrorisme.

Frère LucUne phrase de lui résume ses dernières années :

Ma présence ici n’est pas nécessaire mais peut être utile. Le 31 janvier 96, j’aurai 82 ans, je suis malade, cœur et poumons, mais tant qu’il reste un peu de jour, dans un contexte difficile, je me dois aux autres – aussi je ne peux quitter Tibhirine. « Que ton règne vienne ». Il ne faut pas rechercher ce qui est « sien ».

Il sera enlevé avec ses 6 frères dans la nuit du 26 au 27 mars 1996.Dans la cassette remise par le GIA un mois aprés l’enlèvement, sa voix est normale et il semble même ironiser sur ses ravisseurs, restant ainsi fidèle à l’humour –parfois un peu noir- qu’il gardait en toutes circonstances.

 

 

Pour en savoir plus :

voir le DVD « Frère Luc, moine de Tibhirine » réalisé par Silvère Lang, AME (communauté du Chemin Neuf) 10 rue Henri IV- LYON.

Lire : Frère Luc, la biographie.(BAYARD 2011) de C.Henning et Dom Thomas Georgeon

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