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Frère Christian PDF Imprimer Envoyer

 

Je sais n’avoir que ce petit jour d’aujourd’hui à donner à Celui qui m’appelle pour TOUT JOUR mais comment lui dire oui pour toujours si je ne lui donne pas ce petit jour-ci … Dieu a mille ans pour faire un jour ; je n’ai qu’un seul jour pour faire de l’éternel, c’est aujourd’hui ! (Frère Christian - Chapitre du 30 janvier 1990)

 

Christian de Chergé nait le 18 janvier 1937 à Colmar (Haut-Rhin). Il est le second d'une fratrie de huit enfants. Elevé dans la droiture et la fidélité par son père militaire et dans la foi et la prière par sa mère, "ma toute première Eglise", Christian comprend très tôt (vers sept ans) qu'il veut devenir prêtre.

Pendant son enfance, à partir d'octobre 1942, il passe trois ans en Algérie à Maison Carrée, aux portes d'Alger. Il dira : "C'est ma première rencontre avec la foi de l'autre différent ...". A Paris, à partir de 1945, il fait ses études à Sainte Marie de Monceau, collège tenu par les pères marianistes. Sa vocation est nourrie pendant cette même période par le scoutisme, à l'écoute de la Prière Scoute, inspirée de St Ignace de Loyola :

Seigneur Jésus, Apprenez-nous à être généreux, A Vous servir comme Vous le méritez, A donner sans compter ....

Le 6 octobre 1956, à 19 ans, Christian entre au Séminaire des Carmes de Paris. Ses études au séminaire sont interrompues en 1958 quand sa promotion doit faire son service militaire. En juillet 1959, il part pour l'Algérie comme officier SAS (Sections Administratives spécialisées dont la mission immédiate consiste à rétablir le contact avec la population et à réactiver l'Administration sous toutes ses formes). Il se retrouve notamment dans le secteur de Tiaret avec le Colonel Lalande.

Un évènement survenu à cette époque sera déterminant pour lui, tant dans son amour pour l'Algérie et les Algériens que dans son ouverture et son intérêt pour les musulmans. Christian se lie d'amitié avec Mohamed, un garde champêtre musulman d'une des communes administrées. "J'ai eu l'immense chance de pouvoir travailler avec Mohamed, un homme très simple qui était garde-champêtre ... et c'était la première fois que je pouvais, en adulte, parler de Dieu aussi simplement, dans la conscience claire qu'il était musulman et dans l'affirmation simple que j'étais chrétien".

Survient un jour un accrochage au cours duquel Mohamed protège son ami et tente de pacifier les agresseurs. "C'était un homme qui se refusait de choisir entre ceux qu'il appelait ses frères et ses amis". Il est retrouvé assassiné un dimanche alors qu'il puisait de l'eau dans son puits. Christian, quelques jours auparavant, voyant son ami angoissé par les menaces qui pesaient sur lui, lui avait dit : "Dieu peut tout, je vais prier pour toi ", et il avait répondu : "Oui, merci. Mais, tu vois, c'est dommage, les chrétiens ne savent pas prier !".

Christian sera marqué toute sa vie par cet épisode douloureux sur lequel il reviendra des années plus tard, dans une homélie sur Le Martyre de la charité (Jeudi Saint, 31 mars 1994) : "Je ne peux oublier Mohamed qui, un jour, a protégé ma vie en exposant la sienne... et qui est mort assassiné par ses frères parce qu’il se refusait à leur livrer ses amis. Il ne voulait pas faire le choix entre les uns et les autres. Ubi caritas... Deus ibi est !"

Ce drame fut pour Christian de Chergé une expérience fondatrice et une semence de vocation : "Dans le sang de cet ami, assassiné pour n’avoir pas voulu pactiser avec la haine", dira-t-il en 1982, "j’ai su que mon appel à suivre le Christ devrait trouver à se vivre, tôt ou tard, dans le pays même où m’avait été donné ce gage de l’amour le plus grand ‘qui pro vobis et pro multis effundetur’... ".

Début 1961, Christian revient en France. Il est ordonné prêtre le 21 mars 1964. Sur son image d'ordination, nous pouvons lire : « Ils ont demandé du Pain, et personne pour le leur partager » (Lamentation de Jérémie 4,4). Quand Christian a été assez sûr de sa vocation monastique en Algérie, Monseigneur Veuillot, archevêque de Paris, lui demande de donner du temps au diocèse de Paris. C'est ainsi qu'il est nommé chapelain de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre et directeur de la Maîtrise de Montmartre. Il devait y rester jusqu'en 1968. Monseigneur Marty lui demandera de prolonger d'un an.

Le 20 août 1969, fête de saint Bernard de Clairvaux, il entre au noviciat du monastère d’Aiguebelle, mais son engagement est déjà en Algérie. Le 15 janvier 1971, il arrive à Notre-Dame de l’Atlas. Le 26 août 1972, alors qu'il est encore profès temporaire, il part à Rome deux ans pour étudier la langue et la culture arabes ainsi que la religion musulmane, à l’Institut Pontifical d’Études Arabes et Islamiques des Pères Blancs. Ce furent des années d’approfondissement spirituel de la tradition religieuse musulmane. Il expliquera : "ce qui me paraissait important c'était l'apprentissage de la langue et la fréquentation du Coran dans un but tout à fait particulier ... pour entrer en dialogue avec nos voisins si l'occasion s'en présentait". Sa curiosité passionnée le porte à scruter de manière contemplative (en moine) le mystère de l’Algérie devant Dieu.

Il fait sa profession monastique perpétuelle le 1er octobre 1976. Dans sa demande rédigée le 14 septembre 1976, il laisse parler son cœur : « Je crois le moment venu de m’enraciner plus avant dans le sens d’un appel tenace. (...) J’éprouve aussi le désir de placer le surcroît d’incertitude où nous vivons "hic et nunc" sous le signe d'un surcroît de confiance et d'abandon. (...) Ce monastère est  comme la fiancée de mon choix, plus imparfaite que mon rêve, mais unique en sa réalité ! (...) Je souhaite que mes frères "stabiliés" de l'Atlas m'admettent définitivement parmi eux au nom même de cette continuité, me donnant de vivre dans la PRIÈRE, au service de l'Église d'Algérie, à l'écoute de l'âme musulmane, s'il plaît à Dieu jusqu'au dernier don de ma mort, ut in omnibus glorificetur Deus ! ».

En 1979, afin d'éprouver sa vocation, il part en ermite quelques semaines à l'Assekrem dans le Hoggar chez le Père de Foucauld.

Christian fut élu Prieur titulaire de l’Atlas en 1984 et réélu en 1990. Il fut un des piliers du groupe "Ribat es-Salam" (Le Lien de la Paix) qui se réunissait dans le monastère depuis l’année 1979. Le nom du groupe n’est pas étranger à la parole de Saint Paul : « Appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix » (Ep 4,3).

Christian était aussi très attaché à la coopération dans l'ordre du travail, partagé entre les moines et les quatre associés du village. Il appelait cela "des travaux pratiques d'espérance !". Il était heureux que deux des associés partagent aussi le Ribat, vivant ainsi "la double exigence" du travail et de la prière, le "ora et labora" des moines.

De fait, la méditation sur le martyre (témoignage) accompagnera Christian les deux dernières années de sa vie, à la suite de méditations sur le Christ : Le "martyre de la charité" : Jeudi Saint (31 mars 1994) ; Le "martyre de l’innocence" : Vendredi Saint (1er avril 1994) ; Le "martyre de l’espérance" : Vigile pascale (2/3 avril 1994) ; Le "martyre de l’Esprit Saint" : Pentecôte (22 mai 1994) ; Obscurs témoins d’une espérance : en mémoire des premiers martyrs d’Afrique (17 juillet 1994). Enfin, il aborde de nouveau le thème du martyre avec ces paroles attribuées à Thomas Becket : « Le martyr ne désire plus rien pour lui-même, pas même la gloire de souffrir le martyre » (Journée de carême, 8 mars 1996).

Comme saint Paul a essayé durant toute sa vie de comprendre la place d’Israël dans le plan divin du salut, Christian a beaucoup médité sur la place de l’Islam dans le mystère salvifique de Dieu. Les textes réunis dans L'invincible Espérance montrent l'enrichissement qu'il puise dans sa foi chrétienne au contact des musulmans du village qu'il côtoie. Marqué par le témoignage de Mohamed pendant son service comme officier français, il a souhaité approfondir cette relation à l'Autre et aux autres au travers de la prière. C'est en moine et en mystique qu'il s'exprime.

Il nous laisse de nombreux écrits, dont son Testament spirituel - "Quand un A-Dieu s'envisage" - qui fut rédigé fin 1993 : cette année-là, pendant la nuit de Noël, un groupe du GIA envahit le monastère, tente d'imposer ses exigences sous la menace et finit par se retirer lorsque Christian annonce à leur chef, Sayah Attiyah, que la communauté fête la venue du Prince de la Paix, le Christ.

Ses homélies et ses Chapitres à la Communauté de Tibhirine ont fait l'objet de publications (recension à la page Bibliographie).

Avec six frères de sa communauté, il est enlevé dans la nuit du 27 au 28 mars 1996.