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petit reste gilles nicolasGilles Nicolas est né le 13 juillet 1936, dans une famille qui devait compter huit enfants dont il serait le second. Après de bonnes études, il entre à l’Ecole Centrale, dont il sort ingénieur. Il fait, ensuite, son service militaire comme lieutenant dans l’Ouest de l’Ouarsenis, à la fin de la guerre d’Algérie, dans une région où le plan Challes avait déjà considérablement réduit les moyens de l’A.L.N. et où il n’eut pas, disait-il, à être vraiment impliqué dans des combats. Toutefois il y découvre l’Algérie et décide, pendant ses études théologiques, qu’il  accomplit au Grand Séminaire d’Issy les Moulineaux, de demander l’incardination dans le diocèse d’Alger. Il est ordonné à Paris le 25 juin 1966 et part pour Alger, rejoindre son diocèse, en septembre 1966. C’est là que je l’accueille, en tant que Directeur du Centre chargé de la formation à la langue arabe et à la connaissance de l’islam, ou de la mission de l’Eglise en contexte musulman.

Fait tout à faire rare, je constate, dès son arrivée, qu’il lisait déjà couramment l’arabe littéraire et le comprenait à l’audition, grâce au travail mené  avec un séminariste libanais à qui il avait demandé de l’aide au Séminaire. Je lui conseillais, alors, de s’inscrire directement à Propédeutique arabe à l’université d’Alger.  C’est ce qu’il fit, si bien qu’il obtint ainsi un diplôme universitaire en arabe, à la fin de sa première année scolaire en Algérie. Il était désormais armé pour recevoir son premier poste et, en décembre 1967, le Cardinal Duval, alors archevêque d’Alger, le nommait Directeur du Secrétariat des Ecoles diocésaines (S.N.E.D.A.). Il allait occuper cette fonction jusqu’à la nationalisation, par Boumedienne, des établissements diocésains, en juillet 1976. Il allait avoir à dynamiser cette structure qui accueillait plus de vingt mille enfants et adolescents algériens musulmans, garçons et filles, au sein d’établissements dépendant  directement du diocèse ou dirigées par les diverses Congrégations enseignantes de religieux ou religieuses travaillant dans la région d’Alger. Il obtient la nationalité algérienne en 1972.

Dans le temps  de sa charge aux écoles diocésaines, il avait déjà  assumé des charges pastorales dans diverses paroisses d’Alger (Mouradia, Hussein Dey). Après la nationalisation des écoles, il passe un an, en situation pastorale,  dans un quartier populaire d’Alger (Bab el Oued), puis il est nommé à Médéa, à 80 km au sud d’Alger, dans les contreforts de l’Atlas comme prêtre chargé du secteur du Titteri au sud d’Alger. Il allait avoir à y soutenir divers groupes d’expatriés, notamment italiens, qui étaient employés dans des chantiers de la région. Il s’y trouvait aussi le « curé » du Monastère trappiste de Tibhirine, distant de sept kilomètres de Médéa et établissait, ainsi, avec les moines qu’il voyait presque chaque semaine, des liens d’amitié spirituelle très forts. Il  gardait, toutefois, sa propre approche, plus réaliste, du dialogue islamo-chrétien, qui n’était pas forcément celle de son ami, le Prieur de Tibhirine, le P. Christian de  Chergé. Il sera associé aux diverses concertations qui devaient amener les moines à rester fidèles à leur lieu de vie jusqu’à en mourir, le P. Gilles Nicolas, assumant, d’ailleurs, lui-même, notamment sur la route du monastère, les mêmes risques que les moines quand la crise terroriste vint à menacer la région et l’Algérie toute entière, entre 1992 et 2000. C’est par exemple, lui qui s’est trouvé à l’entrée du monastère pour recevoir l’interpellation des terroristes lors de leur première incursion au monastère le 24 décembre 1993, et parmi eux, il y avait l’un de ses anciens élèves.

En effet, il avait pris dès son arrivée à Médéa, un poste de professeur de mathématiques, dans un lycée de la ville, mettant à profit sa formation antérieure dans cette discipline et  s’appuyant sur son diplôme de Centralien. Il enseignait donc au lycée, en arabe, jusqu’à ce qu’il lui soit demandé quelques années plus tard de continuer le même enseignement, mais au Centre Universitaire de Médéa, ce qu’il fit jusqu’à sa retraite de l’enseignement, en 1997. Sa compétence et sa force de caractère devait lui attirer à la fois l’admiration de certains de ses collègues ou de ses élèves, et l’hostilité d’autres groupes plus fondamentalistes ou moins compétents. Il fit face à tout avec courage et dans la  volonté de servir au mieux le niveau scolaire de l’école algérienne.

En 1988, je succédais comme archevêque d’Alger au Cardinal  Duval et je lui demandais d’accepter la gestion du patrimoine du diocèse d’Alger tout en gardant ses charges à Médéa. Il allait réussir, dans cette mission concrète et complexe, à se faire connaître et respecter, dans sa charge, grâce à sa connaissance  de l’arabe, à sa force de caractère, à sa volonté d’assurer les droits du diocèse, tout en gagnant le respect de ses interlocuteurs des divers ministères concernés ou des partenaires musulmans de l’Eglise, comme Institution. Cette triple charge d’enseignant, de prêtre chargé d’une communauté chrétienne et de gestionnaire du diocèse allait le conduire à vivre avec courage et  générosité une  situation particulièrement dangereuse, puisqu’il lui fallait assurer, plusieurs fois par semaine, la route périlleuse de la vallée de la Chiffa entre Alger et Médéa.

Dans le même temps, au début des années 80, il mettait à exécution un projet de vie qu’il portait en lui, celui de rejoindre la société de prêtres du Prado. Cette famille spirituelle  l’aidait à vivre son choix d’une vie simple, en serviteur de l’évangile qui se fait  proche des plus pauvres,  soucieux  de faire respecter leur dignité par les puissants ou par les autorités. C’est dans cette ligne de pensée qu’il faut aussi situer, hors de ses obligations professionnelles, sa très grande attention aux personnes et aux familles algériennes musulmanes qu’il rencontrait et qu’il visitait chez elles, devenant l’ami de chacun des membres du groupe, adultes et enfants. A partir des années quatre vint dix, il allait aussi investir beaucoup de temps et d’énergie à rejoindre les nombreux étudiants africains qui venaient rejoindre les universités de l’Algérie comme boursiers. Il organisait pour eux des « Universités d’été » auxquelles il associait les compétences de ses amis sur Alger. Cette mission aura pour lui une grande importance pendant toutes les dernières années de sa vie sacerdotale.

Il attachait beaucoup d’importance à l’eucharistie du jeudi qu’il assurait dans la chapelle de l’archevêché, pour les collaborateurs de l’institution ou les voisins proches. Il  attachait, d’ailleurs, la même importance aux célébrations qu’il assurait dans plusieurs communautés religieuses dont certaines de celles qui devait être frappées par la violence terroriste. Dans ce contexte il aimait faire partager, à ceux qui priaient avec lui, ses dernières découvertes, grâce à ses lectures théologiques et scientifiques ou à ses recherches sur le net dont il était un utilisateur passionné et compétent.

Dans les dernières années de sa vie il devenait de plus en plus handicapé par sa difficulté à bien entendre ses interlocuteurs ce qui l’isolait. Mais il gardait la même générosité de vie, assumant par lui-même toutes les tâches quotidiennes de la vie, invitant largement dans la salle à manger rudimentaire du sous sol de l’archevêché. Il assumait, alors, avec dévouement, les charges supplémentaires qui lui furent imposées, pendant plus de cinq ans, par la nécessité de soutenir l’équipe qui restaurait la basilique Notre Dame d’Afrique  équipe dont il avait la charge avec le P. Bernard Lefevbre et Mr  Dominique Henry. Par ailleurs, il s’efforçait de garder des liens avec les chrétiens évangéliques dont le groupe se développaient, dans ces années là, mais qui avaient des rapports difficiles avec les autorités et n’étaient pas toujours compris dans la communauté catholique. Il prenait aussi des positions fermes, dans le pays, face aux évolutions contraires au respect des droits humains, cherchant souvent, à ses risques et périls, à dire et à faire la vérité.

Les évolutions de l’organisation du diocèse d’Alger après l’arrivée du nouvel archevêque, Mgr Ghaleb Bader, lui ont permis d’être remplacé dans sa charge d’économe et de prendre, enfin, une année sabbatique qu’il choisit d’aller passer à Lyon au Prado. Il en revenait, prêt à prendre de nouvelles charges, quand il a été emporté par une crise cardiaque. Il nous laisse le message d’une fidélité, courageuse et exigeante, à un évangile de la simplicité, de la vérité et de  la générosité de vie dont il voulait donner le signe devant les chrétiens et les musulmans qu’il avait à rencontrer. Il aura apporté sa large part à cette Eglise de la rencontre et du service que le Cardinal  Duval, son  évêque à son arrivée en Algérie, lui avait appris à vivre dans les premières années de son  sacerdoce.

Mgr Henri Teissier, Archevêque émérite d'Alger
Tlemcen (Algérie)
7 octobre 2011
Fête de Notre Dame du Rosaire

 

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